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  • En 1972, quatre jeunes scientifiques du Massachusetts Institute of Technologie (MIT) rédigent à la demande du Club de Rome un rapport intitulé The Limits to Growth (les Limites à la croissance). Celui-ci va choquer le monde. Leur analyse établit clairement les conséquences dramatiques d’une croissance économique et démographique exponentielle dans un monde fini. En simulant les interactions entre population, croissance industrielle, production alimentaire et limites des écosystèmes terrestres, ces chercheurs élaborent treize scénarios, treize trajectoires possibles pour notre civilisation.

    Nous sommes avant la première crise pétrolière de 1973, et pour tout le monde, la croissance économique ne se discute pas. Aujourd’hui encore, elle reste l’alpha et l’oméga des politiques publiques. En 2004, quand les auteurs enrichissent leur recherche de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. Et ils sont convaincus que le pire scénario, celui de l’effondrement, se joue actuellement devant nous. Rencontre avec l’un de ces scientifiques, Dennis Meadows, à la veille de la conférence de Rio + 20.

    Le sommet de la Terre démarre mercredi à Rio. Vous qui avez connu la première conférence, celle de Stockholm, en 1972, que vous inspire cette rencontre, quarante ans plus tard ?

    Comme environnementaliste, je trouve stupide l’idée même que des dizaines de milliers de personnes sautent dans un avion pour rejoindre la capitale brésilienne, histoire de discuter de soutenabilité. C’est complètement fou. Dépenser l’argent que ça coûte à financer des politiques publiques en faveur de la biodiversité, de l’environnement, du climat serait plus efficace. Il faut que les gens comprennent que Rio + 20 ne produira aucun changement significatif dans les politiques gouvernementales, c’est même l’inverse.

    Regardez les grandes conférences onusiennes sur le climat, chaque délégation s’évertue à éviter un accord qui leur poserait plus de problèmes que rien du tout. La Chine veille à ce que personne n’impose de limites d’émissions de CO2, les Etats-Unis viennent discréditer l’idée même qu’il y a un changement climatique. Avant, les populations exerçaient une espèce de pression pour que des mesures significatives sortent de ces réunions. Depuis Copenhague, et l’échec cuisant de ce sommet, tout le monde a compris qu’il n’y a plus de pression. Chaque pays est d’accord pour signer en faveur de la paix, de la fraternité entre les peuples, du développement durable, mais ça ne veut rien dire. Les pays riches promettent toujours beaucoup d’argent et n’en versent jamais.

    Vous n’y croyez plus ?

    Tant qu’on ne cherche pas à résoudre l’inéquation entre la recherche perpétuelle de croissance économique et la limitation des ressources naturelles, je ne vois pas à quoi ça sert. A la première conférence, en 1972, mon livre les Limites à la croissance (dont une nouvelle version enrichie a été publiée en mai) avait eu une grande influence sur les discussions. J’étais jeune, naïf, je me disais que si nos dirigeants se réunissaient pour dire qu’ils allaient résoudre les problèmes, ils allaient le faire. Aujourd’hui, je n’y crois plus !

    L’un des thèmes centraux de la conférence concerne l’économie verte. Croyez-vous que ce soit une voie à suivre ?

    Il ne faut pas se leurrer : quand quelqu’un se préoccupe d’économie verte, il est plutôt intéressé par l’économie et moins par le vert. Tout comme les termes soutenabilité et développement durable, le terme d’économie verte n’a pas vraiment de sens. Je suis sûr que la plupart de ceux qui utilisent cette expression sont très peu concernés par les problèmes globaux. La plupart du temps, l’expression est utilisée pour justifier une action qui aurait de toute façon été mise en place, quelles que soient les raisons.

    Vous semblez penser que l’humanité n’a plus de chance de s’en sortir ?

    Avons-nous un moyen de maintenir le mode de vie des pays riches ? Non. Dans à peine trente ans, la plupart de nos actes quotidiens feront partie de la mémoire collective, on se dira : «Je me souviens, avant, il suffisait de sauter dans une voiture pour se rendre où on voulait», ou «je me souviens, avant, on prenait l’avion comme ça». Pour les plus riches, cela durera un peu plus longtemps, mais pour l’ensemble des populations, c’est terminé. On me parle souvent de l’image d’une voiture folle qui foncerait dans un mur. Du coup, les gens se demandent si nous allons appuyer sur la pédale de frein à temps. Pour moi, nous sommes à bord d’une voiture qui s’est déjà jetée de la falaise et je pense que, dans une telle situation, les freins sont inutiles. Le déclin est inévitable.

    En 1972, à la limite, nous aurions pu changer de trajectoire. A cette époque, l’empreinte écologique de l’humanité était encore soutenable. Ce concept mesure la quantité de biosphère nécessaire à la production des ressources naturelles renouvelables et à l’absorption des pollutions correspondant aux activités humaines. En 1972, donc, nous utilisions 85% des capacités de la biosphère. Aujourd’hui, nous en utilisons 150% et ce rythme accélère. Je ne sais pas exactement ce que signifie le développement durable, mais quand on en est là, il est certain qu’il faut ralentir. C’est la loi fondamentale de la physique qui l’exige : plus on utilise de ressources, moins il y en a. Donc, il faut en vouloir moins.

    La démographie ne sera pas abordée à Rio + 20. Or, pour vous, c’est un sujet majeur…

    La première chose à dire, c’est que les problèmes écologiques ne proviennent pas des humains en tant que tels, mais de leurs modes de vie. On me demande souvent : ne pensez-vous pas que les choses ont changé depuis quarante ans, que l’on comprend mieux les problèmes ? Je réponds que le jour où l’on discutera sérieusement de la démographie, alors là, il y aura eu du changement.

    Jusqu’ici, je ne vois rien, je dirais même que c’est pire qu’avant. Dans les années 70, les Nations unies organisaient des conférences sur ce thème, aujourd’hui, il n’y a plus rien.

    Pourquoi ?

    Je ne comprends pas vraiment pourquoi. Aux Etats-Unis, on ne discute plus de l’avortement comme d’une question médicale ou sociale, c’est exclusivement politique et religieux. Personne ne gagnera politiquement à ouvrir le chantier de la démographie. Du coup, personne n’en parle. Or, c’est un sujet de très long terme, qui mérite d’être anticipé. Au Japon, après Fukushima, ils ont fermé toutes les centrales nucléaires. Ils ne l’avaient pas planifié, cela a donc causé toutes sortes de problèmes. Ils ont les plus grandes difficultés à payer leurs importations de pétrole et de gaz. C’est possible de se passer de nucléaire, mais il faut le planifier sur vingt ans.

    C’est la même chose avec la population. Si soudainement vous réduisez les taux de natalité, vous avez des problèmes : la main-d’œuvre diminue, il devient très coûteux de gérer les personnes âgées, etc. A Singapour, on discute en ce moment même de l’optimum démographique. Aujourd’hui, leur ratio de dépendance est de 1,7, ce qui signifie que pour chaque actif, il y a 1,7 inactif (enfants et personnes âgées compris). S’ils stoppent la croissance de la population, après la transition démographique, il y aura un actif pour sept inactifs. Vous comprenez bien qu’il est impossible de faire fonctionner correctement un système social dans ces conditions. Vous courez à la faillite. Cela signifie qu’il faut transformer ce système, planifier autrement en prenant en compte tous ces éléments.

     La planification existe déjà, mais elle ne fonctionne pas. Nous avons besoin de politiques qui coûteraient sur des décennies mais qui rapporteraient sur des siècles. Le problème de la crise actuelle, qui touche tous les domaines, c’est que les gouvernements changent les choses petit bout par petit bout. Par exemple, sur la crise de l’euro, les rustines inventées par les Etats tiennent un ou deux mois au plus. Chaque fois, on ne résout pas le problème, on fait redescendre la pression, momentanément, on retarde seulement l’effondrement.
    Depuis quarante ans, qu’avez-vous raté ?

    Nous avons sous-estimé l’impact de la technologie sur les rendements agricoles, par exemple. Nous avons aussi sous-estimé la croissance de la population. Nous n’avions pas imaginé l’ampleur des bouleversements climatiques, la dépendance énergétique. En 1972, nous avions élaboré treize scénarios, j’en retiendrais deux : celui de l’effondrement et celui de l’équilibre. Quarante ans plus tard, c’est indéniablement le scénario de l’effondrement qui l’emporte ! Les données nous le montrent, ce n’est pas une vue de l’esprit.

    Le point-clé est de savoir ce qui va se passer après les pics. Je pensais aussi honnêtement que nous avions réussi à alerter les dirigeants et les gens, en général, et que nous pouvions éviter l’effondrement. J’ai compris que les changements ne devaient pas être simplement technologiques mais aussi sociaux et culturels. Or, le cerveau humain n’est pas programmé pour appréhender les problèmes de long terme. C’est normal : Homo Sapiens a appris à fuir devant le danger, pas à imaginer les dangers à venir. Notre vision à court terme est en train de se fracasser contre la réalité physique des limites de la planète.

    N’avez-vous pas l’impression de vous répéter ?

    Les idées principales sont effectivement les mêmes depuis 1972. Mais je vais vous expliquer ma philosophie : je n’ai pas d’enfants, j’ai 70 ans, j’ai eu une super vie, j’espère en profiter encore dix ans. Les civilisations naissent, puis elles s’effondrent, c’est ainsi. Cette civilisation matérielle va disparaître, mais notre espèce survivra, dans d’autres conditions. Moi, je transmets ce que je sais, si les gens veulent changer c’est bien, s’ils ne veulent pas, je m’en fiche. J’analyse des systèmes, donc je pense le long terme. Il y a deux façons d’être heureux : avoir plus ou vouloir moins. Comme je trouve qu’il est indécent d’avoir plus, je choisis de vouloir moins.

    Partout dans les pays riches, les dirigeants promettent un retour de la croissance, y croyez-vous ?

    C’est fini, la croissance économique va fatalement s’arrêter, elle s’est déjà arrêtée d’ailleurs. Tant que nous poursuivons un objectif de croissance économique «perpétuelle», nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. Par effondrement, il faut entendre une chute combinée et rapide de la population, des ressources, et de la production alimentaire et industrielle par tête. Nous sommes dans une période de stagnation et nous ne reviendrons jamais aux heures de gloire de la croissance. En Grèce, lors des dernières élections, je ne crois pas que les gens croyaient aux promesses de l’opposition, ils voulaient plutôt signifier leur désir de changement. Idem chez vous pour la présidentielle. Aux Etats-Unis, après Bush, les démocrates ont gagné puis perdu deux ans plus tard. Le système ne fonctionne plus, les gens sont malheureux, ils votent contre, ils ne savent pas quoi faire d’autre. Ou alors, ils occupent Wall Street, ils sortent dans la rue, mais c’est encore insuffisant pour changer fondamentalement les choses.

    Quel système économique fonctionnerait d’après vous ?

    Le système reste un outil, il n’est pas un objectif en soi. Nous avons bâti un système économique qui correspond à des idées. La vraie question est de savoir comment nous allons changer d’idées. Pour des pans entiers de notre vie sociale, on s’en remet au système économique. Vous voulez être heureuse ? Achetez quelque chose ! Vous êtes trop grosse ? Achetez quelque chose pour mincir ! Vos parents sont trop vieux pour s’occuper d’eux ? Achetez-leur les services de quelqu’un qui se chargera d’eux ! Nous devons comprendre que beaucoup de choses importantes de la vie ne s’achètent pas. De même, l’environnement a de la valeur en tant que tel, pas seulement pour ce qu’il a à nous offrir.

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    4 commentaires
  • Information/désinformation

    Difficile de se faire vraiment une opinion tellement les sources peuvent être contradictoires...

    Je vous ai posté hier deux informations alarmistes sur Fukushima et les dangers du nucléaire, et je me vois ici dans l'obligation d'y ajouter une version grandement différente. 

    Il n'est pas à moi d'arbitrer le vrai du faux, lisez tout le contenu et faites vous votre propre opinion, furetez aussi de votre côté pour de plus amples informations.

    Cependant le problème reste bien réel et je pense que l'information soit exagérée ou non le cri d'alarme n'en reste pas moins puissant. 

     

     

    FUKUSHIMA: DÉSINFORMATION SUR LA PISCINE N°4

    Enlèvement sur le n°4-2Enlèvement sur le n°4-2  Depuis une quinzaine de jours, de nombreux organes de presse agitent un spectre nucléaire. Celui d'un risque brusquement accru et cachéde la survenue d'un nouvel accident à la centrale de Fukushima Dai-ichi au Japon.

    Un accident "pire", écrivent-ils, que celui de mars 2011, car une "bombe nucléaire à retardement" y menacerait d'exploser dans la piscine à combustibles du bâtiment du réacteur n°4.

    (photo, enlèvement d'un élément de protection de la cuve du réacteur n°4, prise le 10 août 2012).

    Cette avalanche d'articles - une recherche sur google news donne plus de 60 réponses pour les derniers dix jours sur les sites webs des journaux, télés et radios - peut effrayer. Elle pourrait aussi servir de base à une étude de sociologie des médias, tant elle pousse jusqu'à la caricature la désinformation.

    L'un des plus beaux exemples en est l'article de Vincent Jauvert, publié sur le site du Nouvel Observateur le 22 août, abondamment cité par les autres, et qui se présente comme une enquête faite au Japon. Il commence ainsi : «C'est une petite piscine - et un désastre planétaire en puissance. Un cube en béton de onze mètres de profondeur, rempli d'eau et bourré de combustibles nucléaires usagés : 264 tonnes de barres très radioactives ! Depuis un an et demi, ce bassin dit de "désactivation" repose à trente mètres du sol sur le bâtiment ébranlé du réacteur numéro 4 de la centrale de Fukushima-Daiichi. Il n'est plus protégé ni par un toit solide ni par des murs, mais par une simple bâche de plastique blanche.» Et ce danger, «Personne ou presque ne le dit» affirme le texte de présentation de l'article. Bref, on nous cache tout on nous dit rien.

    LE DÉTAIL QUI TUE: LA BÂCHE PLASTIQUE...Installation de la protectionINSTALLATION DE LA PROTECTION

    Commençons par le détail qui tue. Jauvert affirme que cette piscine au contenu dangereux n'est protégé que «par une simple bâche de plastique blanche». Voici, à droite, une série de photos (ou ici) qui montrent l'installation d'une structure métallique de 60 tonnes qui couvre cette piscine depuis la mi-juin 2012. L'annonce de l'installation de cette couverture est connue depuis plusieurs mois. Ces photos sont publiques.

    Evidemment, expliquer que la structure de béton où se trouve cette piscine risque de s'écrouler sous le coup d'une simple tempête devient beaucoup moins convaincant si l'on a préalablement dit la vérité: cette structure est assez solide pour supporter l'installation d'une couverture métallique de 60 tonnes. Bon, il est vrai qu'il y avait auparavant une bache de plastique blanche... comme le montrent les images ci-dessous, elles aussi publiques. L'article de Jauvert est daté du 22 août 2012, l'installation de la couverture métallique a eu lieu en juin... cherchez l'erreur.

    Protection piscine 4Protection piscine 4

    LE NOUVEL OBSERVATEUR PRIS EN FLAGRANT DÉLIT DE MENSONGE:

    Il y a pire dans cette article de Jauvert. Pour preuve de ses affirmations alarmistes, il publie une photo reproduite à gauche :

    Photo truquée N-OPhoto truquée N-OCette photo est censée être la preuve de ce que Jauvert écrit. Sauf qu'on y voit le contraire: la couverture métallique est en place, à droite du rond blanc, sur la piscine.

    Et que désigne le rond blanc qui, soit-disant, entoure la piscine selon le Nouvel Observateur ? Tout simplement un espace vide dans le béton qui structure le bâtiment.Filet fukushimaFilet fukushima

    La vague couleur bleue qui peut faire croire à une présence d'eau (mais il faut vraiment vouloir le croire) n'est qu'un filet de protection disposé sur le béton et destiné à récupérer des objets tombant dans les trous comme le prouve une photo de ce filet (à droite). Le Nouvel Observateur et Vincent Jauvert ont été informés de leur erreur par des spécialistes, ils l'ont reconnue... mais ni l'article ni l'image faussement présentée n'ont été rectifiés sur le site web. A quoi jouent-ils ?[ Ajout le 8 septembre à 17h30Le Monde.fr a publié un article d'Audrey Garric qui confirme en tout point mon analyse, y compris en qualifiant "d'erreur" la légende et le rond blanc sur la photo du Nouvel Observateur. Cet article fait une large part aux déclarations de Thierry Charles, conformes à ses propos lors de l'émission La Tête au Carré, animée par Mathier Vidart, sur France-Inter, vendredi 7 septembre, à laquelle j'ai participé et où j'ai pu expliquer la situation.]

    LE RISQUE DE LA PISCINE N°4 EST-IL CACHÉ ?

    C'est ce que prétend Jauvert.  N'a t-il rien lu sur cet accident nucléaire depuis un an et demi ? Le problème posé par le combustible usé de cette piscine est en effet présenté de manière constante comme le principal risque du site, dès lors que les coeurs fondus des réacteurs 1, 2 et 3 ont été assez refroidis. Et ceci depuis le tout début de l'accident, en mars 2011, puisque l'alimentation en eau de cette piscine en fut l'un des épisodes les plus marquants. La menace de la fusion de ses combustibles usés, qui venaient tout juste d'être déchargés du coeur et donc étaient à leur maximum de chaleur et de radioactivité, en cas de vidange de la piscine, était si prégnante que l'Autorité de sûreté américaine s'est même affolée à tort lorsque son chef a cru qu'elle était vide. Heureusement, ce n'était pas le cas.

    Dans le Rapport de la TEPCo sur le déroulement de l'accident, on lit ceci page 34: "Dealing with the Unit 4 SFP was an extremely important turning point from the point of preventing the spread of the disaster." Qualifier "de point de bascule extrêmement important" le problème posé par la piscine (Spent fuel pool) du réacteur 4 ne semble pas vraiment un vocabulaire destiné à cacher l'ampleur du risque.

    Dès le 6 mai 2011 (pas 2012), j'écrivais dans Libération : «Une autre menace existe. Elle provient des piscines : tant qu’elles ne seront pas vidées des combustibles nucléaires qu’elles abritent, le risque subsistera qu’une nouvelle secousse sismique ou la chute d’une des poutrelles de béton ou de métal que les explosions ont dispersées sur les parties hautes des bâtiments les endommage. L’arrêt à froid des réacteurs ne sera donc que le début d’une tâche longue et titanesque: décontaminer au moins partiellement le site afin de pouvoir y travailler, évacuer des piscines des réacteurs tous les combustibles nucléaires, puis démanteler complètement la centrale.»

    Il est donc clair depuis un an et demi que ce sujet constituait le risque majeur après celui des réacteurs eux-mêmes au moment de l'accident, puis que son élimination suppose l'évacuation des combustibles usés des piscines du site, parmi lesquelles celle du réacteur n°4 constituait le problème principal.

    Cette analyse est partagée par le gouvernement japonais, l'industriel TEPCo, l'autorité de sûreté japonaise et se retrouve dans tous les documents officiels sur l'accident. C'est d'ailleurs pour cette raison que l'évacuation des combustibles usés de la piscine n°4 est affiché comme prioritaire dans la Road Map officielle japonaise et que son contenu doit ainsi être évacué avant celui des autres piscines.

    Mais cette analyse est partagée également par les observateurs et par les experts comme l'IRSN et ceci depuis longtemps. Ainsi, dansLibération du 20 décembre 2011 je citais l'expert Thierry Charles de l'IRSN qui déclarait que l’enjeu «le plus important est de retirer les barres de combustibles usés des piscines» de manière à les mettre à l’abri dans des sites stables. Pourquoi, alors le Nouvel Observateur affirme t-il contre toute évidence : «Personne ou presque ne le dit : au cœur de la centrale japonaise dort une "bombe" dont les effets, en cas de nouveau séisme, seraient dévastateurs.» 

    CE RISQUE EST-IL EN AUGMENTATION ?

    Y aurait-il une raison pour sonner le tocsin maintenant sur la piscine n°4 ? Le risque de voir la radioactivité de ses combustibles usés se répandre dans l'environnement s'est-il accru récemment ? Bien sur que non, ce risque est même en diminution constante. Pourquoi ?

    ► D'abord parce que le refroidissement du combustible dans la piscine est aujourd'hui robuste et l'eau maintenue autour des 30°C. Assuré par un système de circulation d'eau douce et des moyens redondants, ce système est en bien meilleur état qu'il y a un an. Surtout, parce que ce combustible est au moins dix foix moins chaud que lors de l'accident. Du coup, alors qu'à l'époque il suffisait de quelques heures sans Bétonnage piscine 4Bétonnage piscine 4refroidissement pour que l'eau commence à bouillir dans la piscine, il faudrait désormais plusieurs jours de panne du système pour que l'eau commence à bouillir. Autrement dit, le temps disponible pour pallier une panne est nettement plus long et les moyens d'y pallier disponibles sur le site sont également plus importants. Autrement dit, ce risque a diminué.

    ► Ensuite parce que le risque de rupture de la structure en béton est moindre lui aussi en raison des travaux de renforcement réalisés pour compenser le choc du séisme et de l'explosion d'hydrogène. Des renforts métalliques ont été fixés sous la structure et du béton a été coulé pour la renforcer. Le schéma ci-dessus à droite montre où ces travaux ont été réalisés. Pourquoi n'en pas faire mention ? Laisser croire au lecteur que rien n'a été fait pour renforcer la structure ? Il est permis de contester l'analyse de résistance au séisme ou à d'autres risques naturels du bâtiment faites par les ingénieurs japonais, mais cette contestation ne peut être que technique, avec une expertise de génie civil, et non s'appuyer sur une affirmation gratuite et non fondée.

    POURQUOI LES JAPONAIS N'ONT-IL PAS ENCORE ÉVACUÉ CE COMBUSTIBLE DANGEREUX ?

    Parce qu'ils n'en sont pas encore capables. L'évacuation est prévue pour 2013. Elle suppose qu'un dispositif permettant l'extraction des combustibles usés soit installé. Il doit permettre la protection biologique des travailleurs contre le rayonnement gamma, un transfert relativement rapide et dans des conditions de sûreté sévères vers une autre structure où le refroidissement reprendra sans délais importants.

    Le projet actuel consiste à construire une structure à côté du bâtiment qui montera au dessus de ce dernier, afin de disposer d'un pont roulant de grande capacité au dessus de la piscine. Puis, ce pont roulant doit permettre de descendre dans la piscine un "chateau" de transport dans lequel les combustibles usés seront glissés, toujours sous eau afin d'assurer la protection biologique. Puis le "chateau" sera ensuite redescendu au sol, afin d'être acheminé vers un centre de stockage. Mais, auparavant, il fallait d'abord réaliser d'importants travaux pour déblayer les alentours et le cinquième étage du réacteur n°4 de ses débris, machines, objets divers. Ce travail a été fait pour l'essentiel  comme le montrent les images ci-dessous (attention sur ce document TEPCo il y a une faute de frappe sur la date du 26 novembre, il s'agit bien sur de 2011 et non 2012) :

    Deblaiement n°4Deblaiement n°4

    Ces deux images montrent que l'évacuation des débris est terminée, ce qui permet de s'attaquer au coeur du problème: l'extraction des combustibles.

    Pour la préparer, les 18 et 19 juillet dernier, les Japonais ont extrait des barres de combustible nucléaire à l'aide d'une petite grue installée à côté de la piscine (autrement dit, la structure en béton peut aussi supporter cela). Mais il s'agit decombustible "neuf", qui n'avait pas été passé en réacteur. Il est donc uniquement chargé d'uranium (précision suite aux commentaires: un MOX neuf exige des précautions supplémentaires de manutention car il est plus radioactif que l'UOX neuf, dans les centrales EDF, le MOX est par exemple maintenu en conteneur jusqu'à son tranfert en piscinede toute façon, seul le réacteur 3 de la centrale a vu passer du MOX), peu radioactif et à température ambiante puisqu'il ne contient pas de produits de fission. Sur l'image ci-dessous prise lors de cette opération, on distingue l'une des barres extraites - en noir, verticale - suspendue à la grue. D'autres images ici.

    Extraction combustible 17 juillet 2012Extraction combustible 17 juillet 2012

    Cette extraction confirme que les Japonais sont désormais en capacité d'intervenir sur cette piscine et que les barres de combustibles n'ont pas été endommagées, ce qui facilitera leur manutention.

    Seront-ils en mesure d'opérer l'extraction du combustible usé dès l'an prochain comme annoncé dans la feuille de route officielle ? C'est ce qu'il faut espérer, puisque, même amoindri, lerisque demeure toujours d'un accident qui atteindrait la piscine. Et que son hypothétique vidange instantanée, suivie d'une incapacité à la remplir, risquerait d'enclencher un processus de réchauffement jusqu'à la fusion des combustibles les plus radioactifs. En revanche, s'écrier, soudain, qu'un "désastre planétaire" menacerait d'un jour à l'autre et surtout plus qu'hier, que cette menace est cachée, qu'elle croît et que rien n'est fait pour y mettre un terme, relève d'une conception singulière du journalisme.

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  • «Dans les années 1970, on estimait le risque d’accident à une fois tous les cent mille ans. Pourtant à vingt-cinq ans d’intervalle, nous avons eu Tchernobyl puis Fukushima. En fait, la probabilité de tels accidents est complètement imprévisible, estime Ivo Rens, dépositaire de l’Appel. Sur les 400 réacteurs nucléaires actifs dans le monde, une majorité date des années 1970. Une catastrophe pourrait surgir n’importe où, n’importe quand.»

     

    Il y a trente-cinq ans, le premier « Appel de Genève » avait été lancé contre la centrale de Creys-Malville. Aujourd’hui, un nouveau groupe de physiciens, d’ingénieurs, de professeurs d’université et de responsables politiques interpelle les autorités suisses pour qu'elles décident de sortir sans délai du nucléaire. C’est la catastrophe de Fukushima qui a été le déclencheur de cette nouvelle initiative qui remet la question du risque technologique majeur sur le tapis. L’appel va bientôt être disponible en allemand, italien et anglais car le texte, de visée internationale, concerne tous les états nucléarisés. A ce titre, l’Appel de Genève II est ouvert à la signature de personnes de toutes nationalités. Un site dédié lui est désormais consacré.

    L’Appel de Genève II

    APPEL DE GENÈVE II

     

    Appel aux autorités politiques

     

    Les catastrophes nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima ont eu lieu à 25 ans d’intervalle.

     

    Pourtant, on nous avait assuré que de tels accidents étaient quasiment impossibles ! Nos responsables politiques l’ont cru, et nous aussi. En réalité, la probabilité d’un tel accident est impossible à calculer. Mais elle fut estimée à une fois en cent mille ans. La triste vérité est que ce fut deux fois en vingt-cinq ans. Aujourd’hui, un peu moins de 400 réacteurs nucléaires sont en état de fonctionner dans le monde. La prochaine catastrophe se produira n’importe où, n’importe quand. Et l’état actuel de ces centrales vieillissantes ne peut qu’augmenter la probabilité d’une nouvelle catastrophe.

     

    L’inventaire radioactif généré par ces installations est terrifiant : il peut exterminer chaque habitant de notre planète, et cela plusieurs dizaines de milliers de fois ! Il suffit qu’une infime fraction de cet inventaire s’échappe dans la nature pour provoquer une catastrophe. N’oublions jamais que tout ce qui peut arriver, finit par arriver … Tchernobyl et Fukushima en sont la double preuve.

     

    Le seul et unique moyen d’éliminer ce risque est d’arrêter ces centrales, d’y entreposer les déchets qu’elles ont produits, d’extraire le combustible irradié et le conditionner dans un milieu approprié et dans des containers adéquats, puis de transformer le site en mausolée. Ces mausolées seront autant de témoignages évoquant, pour les générations futures, les conséquences des risques technologiques non maîtrisables.

     

    Au lieu de tenter de nous faire oublier les catastrophes déjà subies, les Etats, les institutions internationales et les pouvoirs économiques devraient décider l’abandon du nucléaire pour aborder la transition vers le tout renouvelable, parfaitement en mesure d’assurer la relève, à condition que l’on cesse d’entraver son développement.

     

    On ne peut pas prendre encore le risque d’un accident nucléaire meurtrier qui rendra inhabitable d’immenses territoires pendant des siècles, sous prétexte d’un besoin douteux en électricité. N’oublions pas que l’on a décidé de construire des centrales nucléaires pour ensuite se demander comment vendre le courant ainsi produit. Ce qui a conduit les compagnies d’électricité à promouvoir diverses aberrations énergétiques telles que le chauffage électrique, le développement inconsidéré de l’éclairage public, notamment.

     

    Le nucléaire n’est pas une énergie renouvelable; son abandon est donc inéluctable.

     

    Tout retard ne fait qu’augmenter le risque d’une prochaine catastrophe. Après Fukushima, le Japon a bien arrêté la quasi totalité de ses réacteurs : c’est donc possible !

     

    C’est la seule attitude responsable. C’est notre seul moyen de limiter les problèmes insolubles que nous léguerons aux générations futures.

     

    Genève, le 24 mai 2013

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  • 20 septembre 2013, Global Research, par Harvey Wasserman

    LA COMMUNAUTÉ MONDIALE SE DOIT DE PRENDRE EN CHARGE FUKUSHIMA AUJOURD'HUI

     Nous sommes actuellement à deux mois du moment le plus dangereux peut-être pour l'humanité depuis la crise des missiles cubains.

     Il n'y a aucune excuse à ne pas agir. Toutes les ressources que notre espèce peut rassembler doivent se focaliser sur la piscine de l'unité 4 de Fukushima. Le propriétaire de Fukushima, Tokyo Electric (Tepco), dit que d'ici 60 jours va commencer une tentative pour enlever plus de 1300 barres de combustible usagé d'une piscine en très mauvais état perchée à 30 mètres du sol.La piscine repose sur un édifice sévèrement endommagé qui penche, s'enfonce et qui pourrait facilement s'effondrer avec un autre séisme, si ce n'est pas de lui-même.

     Les quelques 400 tonnes de combustible de cette piscine pourraient libérer 15.000 fois plus de radiations que Hiroshima.

     Une chose est sûre concernant cette crise, c'est que Tepco n'a les ressources ni scientifiques, ni techniques, ni financières pour la gérer. Pas plus que le gouvernement. La situation demande un effort mondial coordonné des meilleurs scientifiques et ingénieurs que notre espèce peut rassembler.

     Pourquoi est-ce aussi sérieux ?

     Nous savons déjà que des milliers de tonnes d'eau largement contaminée s'écoulent sur le site de Fukushima, entraînant un brouet diabolique d'isotopes à longue vie vers le Pacifique. Des thons irradiés par des retombées imputables à Fukushima ont déjà été pêchés au large de la Californie.

     Nous pouvons nous attendre à bien pire. 

    Tepco continue à déverser toujours plus d'eau sur un site proche de trois cœurs de réacteur en fusion qu'il doit continuer à refroidir coûte que coûte. Des panaches de vapeur indiquent qu'une fission pourrait se poursuivre quelque part en souterrain. Mais personne ne sait exactement où se trouvent exactement ces coriums.

     Une grande partie de cette eau irradiée se trouve maintenant dans un millier d'immenses mais fragiles réservoirs qui ont été assemblés à la va-vite et éparpillés autour du site. Plusieurs fuient déjà. Ils pourraient tous être fracassés par un prochain séisme, libérant des milliers de tonnes de poisons permanents dans le Pacifique.

     L'eau qui coule à travers le site déstabilise aussi les structures subsistantes de Fukushima, dont celle supportant la piscine de l'unité 4.

     Plus de 6000 assemblages de combustible reposent dans la piscine commune à juste 50 mètres de l'unité 4. Certains contiennent du plutonium. La piscine ne possède aucun confinement au-dessus. Elle est vulnérable à une perte de refroidissement, à l'effondrement d'un bâtiment proche, à un autre séisme, à un autre tsunami.

     Au total, plus de 11.000 assemblages de combustible sont dispersés sur le site de Fukushima. Selon Robert Alvarez, expert de longue date et ancien responsable du département de l'énergie, il y a 85 fois plus de césium léthal sur le site qu'il n'y en a eu de libéré par Tchernobyl.

     On continue de trouver des "points chauds" de radioactivité un peu partout au Japon. On entend parler d'une intensification des taux de problèmes thyroïdiens parmi les enfants de la région.

     Dans l'immédiat, l'essentiel est que ces barres de combustible doivent sortir de la piscine de l'unité 4 dès que possible.

     Juste avant le séisme et le tsunami du 11 mars 2011 qui ont détruit le site de Fukushima, le cœur de l'unité 4 avait été enlevé pour maintenance et rechargement de routine. Comme quelques deux douzaines de réacteurs aux US et d'autres bien trop nombreux dans le monde, la piscine conçue par General Electric dans laquelle repose aujourd'hui le cœur se trouve à 30 mètres en l'air.

     On doit toutefois garder immergé le combustible usagé. C'est son revêtement, un alliage de zirconium, qui s'enflammerait spontanément s'il était exposé à l'air. Longtemps utilisé dans les ampoules de flash des appareils photos, le zirconium brûle avec une flamme chaude extrêmement vive.

     Toute barre exposée émet suffisamment de radiations pour tuer en quelques minutes quiconque se trouve à côté. Un embrasement pourrait obliger tout le personnel à quitter le site et rendrait inopérable la machinerie électronique.

     Selon Arnie Gundersen, ingénieur depuis 40 ans dans l'industrie nucléaire pour laquelle il fabriquait autrefois des barres de combustible, celles du cœur de l'unité 4 sont inclinées, endommagées et fragilisées au point de s'effriter. Les caméras ont montré d'inquiétantes quantités de débris dans la piscine, qui est elle-même endommagée. [Dans une interview, Arnie disait : "Ils ont admis que tout le bore s'était désintégré. Cela peut enclencher une réaction en chaîne nucléaire si les barres arrivent en contact les unes des autres dans la piscine."]

     Les risques techniques et scientifiques pour le vidage de la piscine de l'unité 4 sont spécifiques et redoutables, dit Gundersen. Mais ce doit être fait avec 100 % de perfection.

     Que la tentative échoue, les barres pourraient se retrouver exposées à l'air et prendre feu, dégageant d'horribles quantités de radiations dans l'atmosphère. La piscine pourrait même s'écraser au sol, déversant les barres dans un tas qui pourrait entrer en fission et peut-être exploser. Le nuage radioactif qui en résulterait menacerait la santé et la sécurité de nous tous.

     La première retombée de Tchernobyl en 1986 a atteint la Californie en dix jours. Fukushima en 2011 est arrivé en moins d'une semaine. Un nouvel incendie de l'unité 4 déverserait un flot continu de poisons mortels radioactifs pendant des siècles.

     L'ancien ambassadeur Mitsuhei Murata dit que des rejets à grande échelle de Fukushima "détruiraient l'environnement mondial et notre civilisation. Ce n'est pas compliqué, ça dépasse tout débat sur les centrales nucléaires. C'est un problème de survie humaine."

     Ni Tokyo Electric, ni le gouvernement du Japon ne peuvent faire cela tout seuls. Il n'y a aucune excuse au déploiement concerté d'une équipe coordonnée des meilleurs scientifiques et ingénieurs de la planète.

     Nous avons tout au plus deux mois pour agir.

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